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Salle 113

Bénédicte Heim

Il arrive, dans une carrière de professeur, qu’on soit touché par la grâce.

Il arrive qu’entre un professeur et une classe, il passe davantage qu’un courant de sympathie : une immédiateté, un sentiment de reconnaissance mutuelle, un mystère incandescent qui s’apparente fort à l’amour. Les connexions qui s’établissent alors entre l’adulte et les enfants sont exceptionnellement profondes et fécondes. Une affinité d’âmes se fait jour, chose rare, présent divin.

C’est un miracle de cette sorte que j’ai vécu durant l’année scolaire 2006-2007. Année scolaire, année solaire. Tout de suite, entre ces enfants et moi, se fit jour une mystérieuse synergie. Des fluides circulaient à vive allure, des sèves bouillonnantes s’échangeaient par capillarité. Au début, j’énonçais des propositions, je lançais les élèves sur des pistes, j’imprimais un élan qu’ils s’empressaient de prolonger. Bientôt, cependant, je n’ai plus eu à leur soumettre quoi que ce soit : ils arrivaient chargés d’une pleine moisson, riches de projets foisonnants. Les idées fusaient et j’étais presque dispensée d’intervenir tant était fertile et toujours renouvelée autant que source d’allégresse la créativité à l’œuvre chez ces enfants.

 

Ce fut un soulèvement, une insurrection poétique. Ont alors vu le jour tout au long de l’année une multitude de pépites, des créations crépitantes, aussi remarquables que jubilatoires sous la forme de saynètes, pièces de théâtre, textes thématiques, fragments réflexifs, poèmes, slams… Fièvre et ferveur présidaient à toutes les réalisations.

À la faveur de ces fulgurations, des personnalités étincelantes (et pour certaines largement insoupçonnées et sous-évaluées dans le cadre d’exercices purement scolaires) se sont affirmées. Certains se sont découvert une passion pour l’écriture, d’autres des aptitudes pour le théâtre, d’autres encore ont développé des dispositions poétiques. J’ai assisté à des éclosions aussi formidables qu’incessantes. La récolte était d’une qualité telle et qui ne se démentait pas qu’il m’a semblé regrettable de ne pas en conserver une trace.
Aussi ai-je fait venir Antoine de Kerversau, éditeur de son état mais aussi photographe, afin qu’il fixe sur la pellicule les éclats éblouissants, les fabuleuses floraisons qui advenaient régulièrement en salle 113. Témoin et passeur, Antoine de Kerversau ne s’est pas contenté de photographier les enfants en pleine effervescence créatrice, il les a aussi initiés au maniement de la caméra, si bien qu’ils se sont filmés les uns les autres.

Ce précieux recueil rend compte de cette expérience hors du commun. Ou comment l’école peut devenir le révélateur de talents trop souvent méconnus, la classe étant alors un athanor, l’espace transfigurateur, le lieu de l’ouverture, du flamboiement, de l’euphorique dilatation et presque le témoin d’une transe dionysiaque… Je ne saurais assez exprimer ma gratitude à ces enfants si exceptionnellement doués qui sont aussi de beaux humains et de grandes âmes et qui m’ont fait vivre, dix mois durant, un enchantement.

Cette classe était un vivier, une pépinière de talents et ces enfants m’ont élevée au moins autant qu’ils furent mes élèves.
Bénédicte Heim

ISBN : 978-2-9519753-8-5
Prix : 18€
ADK

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